du 24 juin 2009 au 03 octobre 2009
Gilles Caron

Une exposition de tirages de collection issues du reportage que Gilles Caron a réalisé lors des émeutes à Londonderry, en Irlande du Nord, les 12 et 13 août 1969. Les photographies noir et blanc seront présentées aux côtés de tirages inédits en couleur et de documents de presse d'époque.

 


Gilles Caron, dans un pub irlandais, août 1969.

Photographe anonyme.


Quarante ans après

Les photographies de Gilles Caron font partie de la mémoire collective, particulièrement celles republiées l'année dernière lors du 40e anniversaire de Mai 68.

En redécouvrant quarante ans après ses photographies réalisées en 1969, on voit à quel point le regard de Gilles Caron est unique, qu'il transcende le temps. Sa place au sein du Panthéon des photojournalistes est incontestable. Il y a également sa place en tant qu'artiste.

Un de ses plus beau reportages, dont des extraits sont parus dans deux numéros successifs de Paris Match, dans L'Express, et dans la presse mondiale à l'époque de sa réalisation, est celui qui couvre la marche des Orangistes le 12 août 1969, et les émeutes à Londonderry, en Irlande du Nord qui ont suivi.

Si notre époque est plus passive d'un point de vue politique, il fut un temps, pas si lointain, où l'on se battait en Europe pour le droit de voter. Ce témoignage unique, époustouflant d'énergie et d'humanité, garde aujourd'hui toute sa fraicheur et sa pertinence.

Le travail de galeriste ne consiste pas à accrocher des tirages d'images publiées dans les journaux. Ni à se fier au regard d'un éditeur d'agence de l'époque (1). Nous avons pris plaisir à revoir chaque vue de chacune des soixante-trois planches contact du reportage pour aller chercher les images en fin de bobine, qui dans leur forme montrent la maîtrise artistique qu’avait Caron du médium photographique, et qui recèlent toute l’humanité de son regard.

 


Une famille observe la marche des Orangistes, Londonderry, irlande du Nord,
le 12 août 1969.

Tirage argentique (30 x 40 cm) / Edition de 12 et 3 épreuves héritiers.
© Gilles Caron / Courtesy Fondation Gilles Caron


On a souvent tendance à réduire la photographie à son aspect mécanique, à l'acte d'appuyer sur le déclencheur pour saisir un instant fugitif. Hors, comme dans la peinture, le geste a une importance majeure. Celui-ci pourrait se traduire par le placement du photographe en relation avec son sujet, son rapport à la lumière, au cadrage, au réglage du diaphragme, autant d'éléments-outils qui définissent et délimitent le regard du photographe.  
 
 

Extrait d'une planche contact du reportage sur l'Irlande.

© Gilles Caron / Fondation Gilles Caron


Trois images en succession sur une des planches contacts nous montrent à quel point Caron maîtrise l'action, comme un caméraman. La foule court, les policiers se lancent à leur poursuite, les blindés déboulent dans la rue derrière eux. Trois plans parfaits.


Les rues de Londonderry, le soir
des émeutes du 12 août 1969.

Tirage argentique (30 x 40 cm) / Edition de 12 et 3 épreuves héritiers.
© Gilles Caron / Courtesy Fondation Gilles Caron

 
Comme tout art, la force d'une œuvre photographique réside à la fois dans sa construction formelle et sa capacité à émouvoir. Pour Caron, la construction, le cadrage, ou ce que Steve Schapiro appelle le "design" (2), devient seconde nature. Il peut se préoccuper d'avantage du centre du cadre, de l'instant émotionnel. Il peut se projeter dans l'image.


Un garçon tient un cocktail Molotov, Londonderry, Irlande du Nord, le 12 août 1969.


Tirage argentique (30 x 40 cm) / Edition de 12 et 3 épreuves héritiers.
© Gilles Caron / Courtesy Fondation Gilles Caron


Nous avons cherché ce disparu à travers son regard sur les autres, à travers sa composition et l'émotion qu'il réussit à saisir. On le voit dans ses images, à travers les visages qu'il photographie : son amusement face au regard hagard d'un orangiste, son étonnement devant le sourire paradoxal de l'enfant qui tient un cocktail Molotov, sa douceur à travers l'œil complice de la femme qui se couvre le visage pour se protéger des gaz lacrymogènes. Le photographe est complètement immergé au sein de l'évènement : tantôt du côté de la police, puis, plan suivant, au milieu des révoltés, pour nous donner au final un panorama d'ensemble juste.


Une jeune femme se couvre le visage contre les gaz lacrymogènes,

Londonderry, Irlande du Nord, le 12 août 1969.


Tirage argentique (30 x 40 cm) / Edition de 12 et 3 épreuves héritiers.
© Gilles Caron / Courtesy Fondation Gilles Caron


Au milieu de la planche N°16435, une femme blonde traverse une rue jonchée de pierres et de pavés. Elle se tient trois-quarts de dos, le bras le long du corps, la jambe pliée. Elle semble figée dans son geste. Deux vues plus loin, elle est face à l'objectif, regard détourné, au milieu de cette rue dévastée. Le photographe l'a suivit et on sent qu'il l'a installée au sein de ce paysage apocalyptique. Cette mise en scène révèle la dialectique entre Gilles Caron et son sujet : il choisit de replacer la passante au centre de l'image, dans la convergence des diagonales créées par la perspective et les personnages au second plan. Cette image iconique qui dépasse l'anecdote, l'évènement même, nous transmet un message universel. Le photographe crée un instant où, comme nous l'a décrit Marianne Caron : "tout peut basculer, à un moment de jonction du possible et de l'horreur."


Après les émeutes de Londonderry, Irlande du Nord,
août 1969.

Tirage argentique (30 x 40 cm) / Edition de 12 et 3 épreuves héritiers.
© Gilles Caron / Courtesy Fondation Gilles Caron


Que se soit dans les photographies d'action et de foules, publiées dans les magazines et journaux de l'époque ou les vues isolées en fin de bobine, quand le rythme de la frénésie retombe et que le photographe est face à des individus dont la vie a basculé, on ressent la même force physique et toute l'humanité du regard de Gilles Caron.

 
Devant un barrage de l'armée anglaise, Irlande du Nord, le 13 août 1969.

Tirage argentique (30 x 40 cm) / Edition de 12 et 3 épreuves héritiers.
© Gilles Caron / Courtesy Fondation Gilles Caron

 
Tirages couleurs

Nous sommes heureux de pouvoir présenter des tirages inédits en couleur issus des quelques diapositives restantes sur le reportage en Irlande. Si Gilles Caron reste plus connu pour son travail en noir et blanc, il avait pris l'habitude de doubler ses reportages en couleur. On voit la maîtrise de la lumière et sa formation de studio dans les scènes de nuits, où les personnages se découpent en silhouettes contre les flammes et la fumée blanche. Son sens de la couleur apparaît, tel un peintre, comme dans ce portrait vertical d'un soldat anglais dont le regard est tourné vers les cieux.

 


Un soldat britannique déployé à Londonderry, Irlande du Nord, 14 août 1969.


Tirage argentique (30 x 40 cm) / Edition de 12 et 3 épreuves héritiers.
© Gilles Caron / Courtesy Fondation Gilles Caron

 
Le contour de son visage inquiet est soutenu par de longues flammes orange et jaune, qui remplissent le haut du cadre. Il semble piégé dans l'enfer du brasier. Son camarade lui tourne le dos. Ses mains serrent son fusil et son regard innocent cherche une issue providentielle là même où se trouve le danger. On ressent là toute l'oppression d'une situation que sa jeunesse à du mal à appréhender. Gilles Caron retourne la situation du conflit : ce ne sont plus les émeutiers qui se trouvent en difficulté, mais tout l'Empire Britannique, symbolisé par ce soldat, dont la lutte pour rétablir sa légitimité en Irlande du Nord devient un conflit moral.

 

Tirages d'époque
Dans un souci de recontextualisation historique et artistique, il nous a semblé impératif d'intégrer certains tirages de presse d'époque. Non pas dans le but de les vendre, mais en tant que documents pour compléter ce reportage sur l'Irlande. En montrant les éléments avec lesquels les magazines et journaux travaillaient en 1969, où l'on constate encore les stigmates des rédactions : coups de crayons ou recadrage (3), nous souhaitons apporter un éclairage supplémentaire sur le travail de Gilles Caron. Nous devinons comment ces évènements ont été vécus, enregistrés, édités par la presse, et communiqués au reste du monde le 15 août 1969. Certaines images du reportage, qui sont violentes et peut être trop crues pour des collectionneurs de tirages modernes, ne pouvaient pas être écartées du choix dans cette présentation sur l'Irlande.

 


Une victime lors des émeutes à Londonderry, Irlande du Nord, le 12 août 1969.

Tirages de presse d'époque. (Pas à vendre).
© Gilles Caron / Fondation Gilles Caron

 
Les tirages modernes ont été réalisés par Jean-Christophe Domenech aux laboratoires Central Color, à Paris. Ils sont édités à 12 exemplaires et 3 épreuves héritiers, sont titrés, datés et signés par Marianne Montely-Caron et portent le tampon de la Fondation au dos.

Cette exposition est réalisée avec le concours de la Fondation Gilles Caron et en soutient au colloque sur le photographe qui aura lieu le 3 juillet 2009 au centre de recherche histoire culturelle et sociale de l'art (HiCSA), sous la direction de Michel Poivert (pour en savoir plus, cliquez sur ce lien).

Ces tirages sont vendus en exclusivité en France à la Galerie Thierry Marlat.

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(1) Les photographies de Gilles Caron sont rediffusées par l'agence Gamma en 1969. Comme il est d'usage, l'agence favorise les images "choc" dans leur sélection destinée à la presse.

(2) Propos recueillis lors d'un entretien entre Didier de Fays (www.photographie.com) et Steve Schapiro à la Galerie Thierry Marlat, en juillet 2008.

(3) Certaines parutions de L'Express ou Paris Match sont exposées aux côtés des tirages de presse d'époque.

 

POUR VOIR LA BIOGRAPHIE DE GILLES CARON, CLIQUEZ ICI

POUR VOIR UNE SELECTION D'ARTICLES DE PRESSE SUR L'EXPOSITION IRLANDE 1969

POUR VOIR UN DOCUMENT SUR LA NUIT DU 14 AOUT 1969 à LONDONDERRY, CLIQUEZ ICI

du 11 mars 2010 au 24 avril 2010
Lee Friedlander 
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